22 January 2026
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Baisse annoncée des billets d’avion en Afrique de l’Ouest: l’attente se prolonge

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Adoptée en décembre 2025, la décision des Chefs d’État et de Gouvernement de la CEDEAO de réduire le coût des billets d’avion a suscité de grands espoirs dans la région. La mesure prévoit une révision des taxes sur le transport aérien et une réduction de 25 % des redevances passagers et de sécurité dans l’ensemble des États membres. Une réforme présentée comme un tournant pour la mobilité régionale.

Mais en ce début d’année, la promesse tarde à se concrétiser.

Kodjo, voyageur régulier, pensait déjà pouvoir ajuster son budget déplacements. Il s’attendait à voir les tarifs baisser. La réalité est tout autre.

« Je viens de me rendre compte que ce n’est pas encore effectif. Je suis quand même surpris après l’annonce en grande pompe. J’espère vraiment que ce n’est pas juste une annonce », confie-t-il, déçu.

Sur le plan institutionnel, l’ambition est pourtant clairement affichée. Lors d’un sommet tenu à Abuja, la CEDEAO a annoncé que, dès janvier 2026, les taxes liées au transport aérien devaient être allégées, avec l’objectif de rendre les billets plus accessibles, de stimuler le tourisme et de faciliter les échanges commerciaux et humains dans l’espace communautaire.

Sur le terrain, aucun changement notable n’est observé. Les  agences de voyages n’ont enregistré aucune baisse des prix. Les tarifs pratiqués restent dans la continuité de ceux de la fin d’année précédente.

Raïmi Soumanou , acteur du secteur aérien et propriétaire d’une agence de voyage, suit l’évolution des prix de près.

« Je doute de la mise en œuvre effective à cette échéance-là à partir de janvier 2026 donc. Et pour cause, depuis l’annonce, je scrute presque tous les jours les tarifs à la recherche de cette baisse annoncée. Nous ne voyons aucune baisse au niveau des taxes et les tarifs aériens demeurent dans leur moyenne de décembre qui est reconduite en janvier et en février et mois suivants. Donc, ceci m’amène moi à prendre avec réserve cette annonce de la CEDEAO », explique-t-il.

Entre l’engagement politique et son application concrète, un passage reste incontournable : l’adoption de décrets nationaux par chaque État membre. Tant que ces textes ne sont pas pris, les compagnies aériennes ne reçoivent aucune instruction officielle pour revoir leurs grilles tarifaires. Conséquence directe : les prix restent inchangés pour les passagers.

Raïmi n’y voit pas une surprise. Il rappelle un précédent emblématique.

« 38 ans plus tard, donc, cette vision-là n’est pas totalement mise en œuvre. Eh bien, entre les annonces et les mises en œuvre effectives, il y a toujours du temps. Donc, on va relativiser. C’est une bonne annonce, c’est une bonne vision, un bon élan, mais de l’annonce à la réalité, je crois qu’on va devoir patienter encore un peu », souligne-t-il, en référence à la Déclaration de Yamoussoukro sur la libéralisation du ciel africain.

La décision est donc actée. La volonté politique est affichée.

Mais pour les milliers de passagers ouest-africains, une interrogation persiste : les billets d’avion deviendront-ils réellement plus abordables ou resteront-ils une promesse de plus ?

En attendant, le ciel demeure ouvert. Les tarifs, eux, n’ont pas encore changé de cap.

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