Docteur Clément Diarga Basse : « Pour réduire les risques, il faut écouter la science et offrir des alternatives crédibles à la cigarette »
Dans un contexte marqué par une crise de confiance vis-à-vis de l’industrie du tabac, le Dr Clément Diarga Basse plaide pour un dialogue fondé sur la rigueur scientifique. Médecin sénégalais spécialisé en santé publique et en médecine du travail, il occupe aujourd’hui le poste de Scientific Engagement Manager pour l’Afrique subsaharienne chez Philip Morris International. Fort de son expérience dans les secteurs public, privé et humanitaire, il défend une approche nuancée de la réduction des risques liés au tabagisme. Dans cet entretien réalisé dans la ville du CAP en Afrique du sud , il revient sur les efforts de transformation de l’industrie, l’investissement dans la recherche scientifique, et appelle les gouvernements, notamment africains, à ne pas exclure les alternatives sans fumée du débat réglementaire. Pour lui, la science doit guider les politiques, au bénéfice des fumeurs et de la santé publique.
MEDIATOGO: Docteur, vous avez longtemps œuvré à l’élaboration de politiques de santé publique avant de rejoindre Philip Morris en tant que responsable de l’engagement scientifique pour l’Afrique de l’Ouest. Qu’est-ce qui a motivé ce tournant dans votre parcours professionnel, et comment conciliez-vous aujourd’hui votre engagement en santé publique avec les enjeux liés à l’industrie du tabac ?
Clément Diarga Basse : Je m’appelle Dr Clément Diarga Basse, je suis médecin sénégalais et je suis spécialisé en médecine du travail et en santé publique. Donc pendant plusieurs années, j’ai travaillé sur des politiques et des stratégies de santé pour améliorer la santé des populations. Depuis quelques temps, je travaille avec Philippe Maurice, basé à Dakar, et je couvre quelques pays de l’Afrique de l’Ouest en tant que Scientific Engagement Manager.
En quoi la diversité des motivations qui poussent les individus à fumer justifie-t-elle, selon vous, la nécessité de proposer une gamme variée de produits sans fumée ?
Alors, les gens, ils fument pour différentes raisons. Il n’y a pas une raison unique. Certains ont fumé pour socialiser, parce qu’ils ont d’autres amis, et pour intégrer le groupe. On peut être à l’aise avec tout le monde. Ils ont commencé comme ça. Ils ont commencé à fumer comme ça. D’autres fument pour des raisons que la nicotine apporte dans la fumée. Parce que lorsqu’on fume, on a certaines capacités qui sont augmentées. On peut avoir l’esprit plus alerte. On peut sentir la fatigue diminuer.Donc, il y a certains bienfaits et bénéfices qui font que certaines personnes vont fumer. D’autres vont fumer pour le rituel, le fait de tenir la cigarette. dans la main d’autres vont fumer pour le goût que le tabac apporte dans la bouche donc il ya différentes raisons pour lesquelles les personnes vont fumer et c’est justement ce qui fait un peu pour continuer dans la lancée des « smock free product » c’est à dire les produits sans fumée c’est pourquoi on a un portfolio qui est assez large parce que les raisons pour lesquelles les personnes fument sont très variés et diversifiés.
Donc si on vient avec un produit, il est très peu probable qu’un seul produit puisse satisfaire toutes ces personnes qui ont des raisons différentes de fumer. Donc on vient avec différentes sortes de produits.
On a le tabac chiqué, on a ce qu’on met sous la lèvre, on a le tabac qui est chauffé, on a les e-cigarettes, et avec différentes variétés de goûts et de rituels pour que chaque personne puisse se reconnaître un tout petit peu.
Pourquoi il est le plus à l’aise lorsque viendra le moment de quitter la cigarette pour aller vers les produits sans fumée ?
Alors, la grande différence vient de la combustion. C’est-à-dire, avec la cigarette classique, on prend soit une allumette, soit un briquet et on l’allume. Lorsqu’on l’allume, il y a le phénomène de combustion qui se passe et il y a la fumée qui commence à se dégager. Cette fumée-là a été analysée et il y a près de 6000 produits chimiques différents à l’intérieur.
Et dans cette grande liste de 6000 produits différents, il y en a une centaine qui sont classés cancérigènes. Alors, lorsque vous allez du côté de la cigarette électronique ou du tabac chauffé, parce que les deux ont… ont quelque chose en commun, c’est qu’il n’y a pas de combustion avec ces deux modes de consommation de la nicotine. La cigarette électronique particulièrement, c’est un liquide dans lequel la nicotine est du lié à l’intérieur. Et il y a un appareil électronique qui crée de la vapeur, qui dégage la nicotine.
Donc ce n’est pas le tabac en entier, alors que quand on prend le tabac chauffé, qu’on appelle les « heat tobacco products » en anglais, Le tabac chauffé, c’est carrément les feuilles de tabac conditionnées, toujours insérées dans un appareil électronique qui augmente juste la température pour chauffer, mais sans qu’il n’y ait de combustion. Donc dans les deux cas de figure, il n’y a pas de combustion, ce qui fait que les 6 000 et quelques produits nocifs qui viennent avec la fumée de la cigarette et dont une centaine sont connus comme cancérigènes, sont considérablement réduits. Parce que la personne qui fume, ce qui l’intéresse au bout, c’est la nicotine. Ce ne sont pas les 6000 autres qui viennent avec. Et la nicotine en elle-même, ce n’est pas un produit sans risque. C’est un produit qui est addictogène. C’est un produit qui peut augmenter la pression artérielle, qui peut accélérer le pouls.
C’est un produit qui, lorsqu’on est enceinte ou bien qu’on a l’aide, ce n’est pas recommandé.
C’est un produit qui, lorsqu’on a une insuffisance cardiaque, certains problèmes cardiaques, Ce n’est pas recommandé de le prendre. Mais en dehors de ces situations que je viens de citer, la nicotine n’est pas cancérigène en réalité. Des études l’ont montré. Lorsqu’on va dans la liste des produits cancérigènes de l’OMS, on ne retrouve pas la nicotine. Et l’alcool, par contre, est dans la liste des cancérigènes de l’OMS. D’une part, on sait que la nicotine n’est pas cancérigène. D’autre part, on sait que c’est ce que les fumeurs recherchent.
Donc, comment leur délivrer cette nicotine dont ils ont besoin ? sans les produits cancérigènes qui viennent avec la fumée de la cigarette. Et c’est là où il y a la différence, essentiellement, c’est la combustion.
Face à la défiance persistante envers l’industrie du tabac en raison de son lourd passif en matière de santé publique, comment comptez-vous convaincre les décideurs et l’opinion publique de la sincérité de votre engagement scientifique et des garanties apportées par vos nouveaux produits en matière de réduction des risques ?
Ce qu’on a remarqué, c’est qu’il y a beaucoup de méfiance, on va dire, par rapport à l’industrie du tabac. Et cette méfiance, elle est justifiée, on l’accepte. Parce que l’industrie du tabac, pendant très longtemps, a vendu de la cigarette qui a fait beaucoup de méfaits à la santé.
Les cancers, les problèmes cardiaques, les problèmes des poumons, cancer du poumon, des AVC. Et ce qui fait qu’aujourd’hui… Quel que soit ce que l’industrie du tabac vient dire, les gens sont encore méfiants. Ils se disent, vous nous avez fait du tort, vous nous avez fait du mal par le passé. Mais il se trouve qu’on est dans de nouveaux jours. Il y a 20 ans, l’industrie du tabac a décidé d’investir énormément d’argent pour se rattraper.
À ce jour, près de 14 milliards de dollars ont été investis depuis les 20 dernières années dans la construction d’usines. de tout ce qui n’est pas en lien avec le tabac classique sur les nouveaux produits.
Autant d’investissements. On a près de 1500 scientifiques qui sont basés à Neuchâtel en Suisse et qui travaillent sur le développement de ces nouveaux produits-là. Donc, pour revenir précisément à votre question, quel message passer à ces gouvernants ? C’est que nous sommes tellement conscients qu’il y a de la méfiance que lorsqu’il a fallu qu’on fasse de la science, on n’a pas rigolé avec la science. On a mis les standards tellement haut que c’était au même niveau que ce que les industries pharmaceutiques font avec les médicaments, alors que c’est un produit de tabac.
Mais on a fait des tests de laboratoire, on a fait des tests sur des animaux in vitro, des souris. On a fait des tests chez des êtres humains pour voir, qui étaient volontaires bien sûr, pour voir comment est-ce que le produit évoluait, comment est-ce que certains biomarqueurs dans le sang évoluaient lorsqu’ils quittaient la cigarette pour prendre nos produits. Et cette science, elle est parlante aujourd’hui. Elle parle d’elle-même.
Dans un contexte où l’accès aux alternatives sans fumée reste limité en Afrique, que répondez-vous aux décideurs publics qui redoutent que l’introduction de ces nouveaux produits n’entrave les efforts de sevrage tabagique, malgré les arguments scientifiques que vous avancez en faveur d’une régulation différenciée ?
Ce qu’on attend essentiellement des gouvernements, c’est d’écouter la science. C’est de savoir qu’il y a ce qu’on appelle la continuité du risque. La continuité du risque veut dire que, au maximum du risque, c’est la cigarette avec la fumée. Au minimum du risque, c’est d’arrêter de fumer. Et entre les deux, on a ces nouveaux produits-là, et qui se rapprochent plus de la cessation que de la fumée de la cigarette. Il faut qu’ils reconnaissent cette science qui existe. La deuxième chose, c’est qu’au moment de faire de la régulation, régulation fiscale comme régulation juridique, il faut qu’ils prennent en compte la science, qu’ils appellent les scientifiques, qu’on voit les études qui existent. Parce qu’il n’y a pas que les études de Philippe Maurice. Il y a plus de 750 études qui ont été réalisées par des organisations indépendantes sur les produits de Philippe Maurice, par des gouvernements, par des centres de recherche indépendants.
Allez-y, demander aux parlementaires de se baser sur la recherche, qu’ils commandent des études, qu’ils fassent ce qu’on appelle des revues systématiques pour vérifier ce que la littérature dit aujourd’hui à propos de ces produits-là avant de faire de la régulation.
La troisième chose que je dirais à ces gouvernements, surtout en Afrique, parce que c’est là où on n’a pas accès à ces produits, c’est de ne pas confiner ces produits. Nos utilisateurs, nos fumers, à la seule cigarette, il faudrait qu’on leur permette d’avoir d’autres alternatives.
Et pour cela, il faudrait qu’ils fassent attention à la réglementation fiscale. Pourquoi je dis cela ? C’est que si les nouveaux produits arrivent et qu’ils ont des tarifs et des prix, qui font qu’ils sont coûteux, les taxes qui sont imposées dessus, les droits d’assises qui sont sur ces nouveaux produits sont tellement élevés qu’ils ne peuvent pas y avoir accès. Dans ce cas, il sera difficile pour ces nouveaux produits de venir remplacer la cigarette classique parce qu’ils n’auront pas le pouvoir d’achat de se le permettre. Donc, se baser sur la science, avoir une réglementation qui facilite l’environnement, la mise en place de ces nouveaux produits-là. C’est ça.
Merci beaucoup.
FIN



















































































































































































































































































